La France peine toujours à intégrer ses immigrés selon l’OCDE

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Selon une étude publiée ce matin par l’OCDE*, la France n’est décidément pas un modèle d’intégration pour les populations d’origine immigrée. Le point avec Jean-Christophe Dumont, directeur de la Division des Migrations Internationales de l’OCDE.

Capital.fr : Comment sont définis les immigrés dans cette étude ?
Jean-Christophe Dumont : Il y a un premier groupe d’émigrés qui sont les personnes nées à l’étranger et qui vivent dans un autre pays. Nous nous intéressons aussi aux enfants d’immigrés qui, eux, sont soit nés à l’étranger avant de partir s’installer ailleurs en suivant leurs parents ou ceux qui sont nés dans le pays où leurs parents se sont installés. Dans ce dernier groupe qu’on appelle aussi la « seconde génération » certain n’ont qu’un seul parent émigré. Enfin, il existe un troisième groupe : les étrangers ressortissants de pays non européens. En France, 12% de la population est immigrée proprement dite, pour 10% en moyenne dans l’OCDE. Il y aussi 13% de la population constituée d’enfants nés en France de deux parents émigrés ou de parents « mixtes » (un émigré et un Français), pour une moyenne de 8% dans l’ensemble de l’OCDE. Bien sûr, chez les enfants d’émigrés nés en France, nombreux sont ceux qui ont la nationalité française. L’Hexagone est loin d’être le pays où il y a le plus d’immigrés ou d’enfants origines d’émigrés. Elle vient notamment après l’Autriche, la Belgique, la Suisse ou encore le Canada et Israël. Mais, compte tenu de son histoire migratoire, elle a une proportion d’enfants immigrés importantes et ça vaut la peine de regarder comment cette population s’en sort.

Capital.fr : Que se passe-t-il sur le marché du travail pour cette population ?
Jean-Christophe Dumont : On fait un double constat. Les immigrés arrivés récemment rencontrent de grandes difficultés. Leur insertion sur le marché du travail est particulièrement difficile et leur taux d’emploi est inférieur de 25 points de pourcentage à celui de la moyenne nationale. En revanche, les progrès sont très nets pour ceux qui ont 5 ans ou plus de résidence dans le pays, pour qui le taux d’emploi est plus élevé de 10 points de pourcentage que pour ceux récemment arrivés. La France n’a évidemment pas le monopole de ce genre de situation.

Capital.fr : Qu’en est-il des plus jeunes ?
Jean-Christophe Dumont : Là non plus, les constats ne pas trop réjouissants. Selon l’enquête Pisa sur les jeunes de 15 ans, les enfants d’immigrés nés à l’étranger et vivant en France ont un score en littératie (ndlr, capacité à comprendre l’information écrire dans la vie courante) sensiblement inférieur à celui des personnes nées dans le pays. Cela correspond environ à une année et demi d’études de retard. Plus inquiétant peut-être, les enfants d’immigrés nés en France ne font pas tellement mieux. Le plus souvent par ce qu’ils sont issus de milieux défavorisés et peu éduqués. En revanche, si l’un de ses deux parents est lui né en France, l’enfant fait niveau presque égal avec celui des natifs. L’écart entre les immigrés et les natifs n’est toutefois pas une fatalité : au Canada, les enfants d’émigrés sont au même niveau que les autres. Mais les immigrés ont été sélectionnés et le marché du travail y est plus flexible. Je remarque aussi que plus l’enfant arrive tard en France, plus il a de difficultés sur plusieurs générations. Cette situation rend impérative une action de politique éducative. La réforme en cours dans les collèges a en partie pour objet de remédier à ce problème.

Capital.fr : Le constat n’est pas brillant !
Jean-Christophe Dumont : La France se monte a son avantage au moins sur un point : l’accès à l’éducation de la petite enfance qui concerne la quasi-totalité des enfants de 3 à 6 ans. Le système est en France très égalitaire dans ce domaine et les résultats sont là. On remarque que les enfants d’émigrés qui démarrent leur scolarité à cet âge s’en sortent nettement mieux que les enfants qui arrivent plus tard. On peut en déduire qu’il n’y a aucun intérêt à retarder le regroupement familial, bien au contraire, plus les enfants d’émigrés arrivent jeunes en France plus ils ont de chance d’y réussir leur scolarité.

Capital.fr : Les enfants d’immigrés vivant en France se sentent-ils victimes de discrimination ?
Jean-Christophe Dumont : Paradoxalement, les enfants d’immigrés nés en France ressentent plus fortement la discrimination que leurs parents. Ce n’est pas tant qu’ils soient plus discriminés que leurs parents, c’est surtout que leurs attentes vis-à-vis de la société différent. Ils ont la nationalité, ils parlent français et ils sont allés à l’école, du coup le sentiment de discrimination leur est a priori insupportable. Là encore, ce n’est pas une fatalité : au Canada, aux USA ou en Nouvelle Zélande, les enfants d’immigrés se sentent moins discriminés que leurs parents. En tout cas, ce n’est pas une question de racisme : ce sentiment révèle l’écart entre les attentes de ce groupe et la réalité de leur position dans la société. Attention, si on ne résorbe pas cet écart, on risque une fracture durable, voire une faille dans la cohésion sociale. On ne peut pas se permettre de négliger cette question dans nos politiques publiques. Il faut faire un effort supplémentaire en matière d’intégration et d’accès au marché du travail pour les jeunes issus de l’immigration. J’espère que la publication de ce rapport aura l’effet d’un « wake up call » pour les autorités.

Eric Wattez

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